Général Sylla

La révolution n’est pas sortie de nulle part. La détérioration de la monarchie avait commencée bien avant, sous les coups de mauvais rois, de mauvaises récoltes, de mauvais sujets. Trente ans avant la mort du roi, la France était dans une guerre terrible contre la quasi totalité de l’Europe coalisée. Le roi, faible et terrifié, avait refusé d’assumer sa place de général en chef et avait chargé son plus terrible général, Sylla, d’affronter les armées prussiennes, russes et autrichiennes. La défaite était si assurée sur le papier que les bourgeois parisiens, refusant de voir leur ville pillée et leurs propriétés menacées, avaient préparé minutieusement leur trahison. La ville était très mal gardée car l’armée entière était en campagne en Allemagne, et le roi ne sortait plus de ses appartements que pour de rares apparitions protocolaires. Il avait ainsi perdu le respect du peuple, en particulier des parisiens. En accord avec l’empereur d’Autriche-Hongrie et avec l’aide des services d’espionnage anglais et du peuple, qu’ils armèrent et rétribuèrent grassement, ils prirent le contrôle de Paris. En étendant ce contrôle aux alentours ils bloquèrent la grande majorité des ravitaillements de l’armée royale, en particulier les munitions. Piégé à Versailles où il craignait ses propres serviteurs, le Roi s’apprêtait déjà à renoncer à son pouvoir et à accepter les exigences étrangères, c’est à dire à perdre une grande part de son territoire et à transformer le pays en monarchie parlementaire. Il envoya en urgence un message à Sylla en lui ordonnant de capituler et de revenir au plus vite une fois les termes de la reddition acceptés.

sylla munichLa réaction immédiate de Sylla fut une rage noire. Noble de naissance, fervent royaliste et aristocrate, il était autant excédé par la trahison des bourgeois que par la perspective de devoir renoncer à son rang et à ses privilèges. Qui plus est, il n’avait jamais connu la défaite. Allait-t’il aujourd’hui se rendre sans combattre par la faute de la pusillanimité de son roi ? Il vit au contraire dans cette situation l’occasion de briller plus que jamais. Plus la posture est mauvaise, plus la gloire sera grande.

Il commença par faire mine d’accepter les pourparlers de reddition avec les généraux ennemis mais y envoya son sosie avec mission de gagner le plus de temps possible. Puis, malgré l’interdiction du roi de le faire, il répandit dans les troupes les nouvelles de la trahison des parisiens et des manœuvres sournoises de leurs ennemis. Il se garda cependant de charger le roi, et le décrivit comme cerné par des poignards de toute part et comptant sur sa seule et héroïque armée pour le sauver. Ses troupes ainsi galvanisées il donna l’ordre à toute son armée de rester en place mais de garder ses armes et son équipement prêts puis prit le commandement de sa cavalerie. Il effectua un très large mouvement tournant pour se retrouver sur les arrières des russes et chargea leurs canons. La surprise fut telle qu’il accomplit un grand carnage avant de faire sauter tout ce qu’il pouvait de poudre à canon. À ce bruit son armée tout entière battit en retraite à toute allure vers le cœur de l’Allemagne, pillant tout sur son passage. Officiellement le but était de compenser le manque de ravitaillement mais chacun avait à cœur de venger la perfidie accomplie sur le roi au centuple, et bien des villes brulèrent. Remis de leur surprise, les alliés étaient incapables de se mettre d’accord sur la marche à suivre. Les russes voulaient venger l’attaque qu’ils avaient subi et protéger leur territoire des raids des cavaliers de Sylla. Les allemands craignaient que l’armée battant en retraite ne détruise leur pays voire une de leurs capitale. Les autrichiens, eux, considéraient la retraite française comme un signe de victoire et décidèrent de rentrer chez eux. Après avoir brûlé autant de champs que possible pour faire surestimer le nombre de ses hommes et leur soif de pillage, Sylla entama un mouvement tournant encore plus long que le précédent pour éviter au maximum les armées ennemies et rentrer en France où son armée devait l’attendre campée devant Paris. Il était impossible d’échapper à toutes les patrouilles ni de toujours trouver des ravitaillements satisfaisants. Nombre de cavaliers ne rentrèrent jamais en France. Mais près d’un mois plus tard, Sylla contemplait heureux son armée presque indemne qui avait cerné Paris et refusé toute négociation avec les bourgeois. Ils avaient même refusé d’écouter le roi qu’ils jugeaient incapable de parler librement, entouré de comploteurs comme il l’était. Ils n’avaient pas tout à fait tort, la situation du roi et des nobles n’avait fait qu’empirer et certains châteaux avaient déjà été attaqués en Provence par leurs propres serfs.

C’est alors que la vengeance commença. Sylla terrifia la ville par le récit de ses exploits et de ses cruautés, vrais ou inventés, et jura qu’il n’y aurait vengeance que contre les meneurs. Qu’il serait suicidaire pour le peuple de défendre des bourgeois qui n’ont fait que les manipuler. Très vite, la plupart des portes de Paris furent ouvertes par des ouvriers et des anciens soldats, et l’armée entra de tous les côtés à la fois. Certains l’acclamaient, en dissimulant mal leur terreur, la plupart se cachaient. La guillotine n’existait pas encore, ce fut à la hache que furent exécutés au moins cinq mille notables divers. Quand sa soif de sang fut rassasiée, Sylla installa un gouverneur militaire puis alla à Versailles où il accomplit peu ou prou les mêmes actions à une échelle moindre. Puis il restaura le roi et se mit -officiellement- à son service. Officieusement, le roi avait encore plus peur de lui que des révoltés et le laissait gouverner tant qu’il le voulait.

Quand les négociations avec les puissances européennes assurèrent la fin des hostilités Sylla considéra sa tâche comme remplie et quitta le pouvoir pour retourner vivre dans son château en Champagne. Aucune autre révolte n’était même envisageable tant qu’il vivrait, tant la terreur qu’il inspirait était profonde. Et ce ne fut qu’un an après sa mort qu’eût lieu la prise de la Bastille.

 

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